Hausse des droits de douane : les acheteurs face à la nouvelle donne géopolitique
Tensions commerciales, menaces tarifaires et incertitudes réglementaires bousculent les chaînes d'approvisionnement internationales. Pour les acheteurs français, tout l'enjeu demeure dans la faculté à anticiper ce risque.

Alors que les États-Unis envisagent une nouvelle salve de mesures douanières à l'encontre des produits européens, les acteurs du commerce international retiennent leur souffle. En première ligne, les directions achats doivent composer avec un environnement plus volatil, complexe et politisé. « Ce qu'on observe aujourd'hui, c'est une montée en puissance du risque douanier comme variable stratégique », analyse François Daniel, délégué général de TLF Overseas, fédération des organisateurs de transport international.
Export français : des secteurs particulièrement exposés
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le marché américain représente 20 % des exportations françaises, principalement dans l'aéronautique, le luxe, les cosmétiques et les vins et spiritueux. À l'inverse, seules 5 % des importations françaises proviennent des États-Unis. « Si les droits de douane sur certains produits étaient relevés à 200 %, comme cela a été un temps évoqué pour les spiritueux, cela signerait la fin de certaines filières exportatrices », prévient François Daniel.
La France n'est pas seule concernée. La Commission européenne a évalué à 26 milliards d'euros l'impact potentiel des contre-mesures européennes, dans le cadre des règles de réciprocité de l'OMC. Le spectre d'une guerre commerciale transatlantique inquiète : « On peut s'attendre à une baisse des flux entre les deux rives, à défaut d'un effondrement généralisé », nuance le délégué général de TLF Overseas.
Répercussions sur la chaîne logistique et les stratégies fournisseurs
Au-delà des flux, les répercussions sur les chaînes d'approvisionnement sont déjà tangibles. Face à la menace douanière, certains importateurs américains ont anticipé leurs achats et reconstitué des stocks dès l'été. D'autres étudient des stratégies de diversification de leurs sources d'approvisionnement.
« L'American Action Forum estime que 40 % des fabricants américains envisagent de changer de fournisseurs. Le Vietnam et l'Inde, signataires d'accords commerciaux favorables avec les États-Unis, sont particulièrement cités », souligne François Daniel.
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Cette logique de friendshoring, encouragée par l'administration américaine, redessine les cartes du commerce mondial. Pour les acheteurs français, cela implique de réévaluer leur exposition géographique et de renforcer la résilience de leurs fournisseurs. Vous l'avez compris, le make or buy revient au centre de la table avec des réflexions de relocalisations régionales.
Une volatilité appelée à durer
À court terme, la volatilité est le maître-mot. En l'absence de clarté, les entreprises n'ont d'autre choix que de naviguer à vue. « Aujourd'hui, tout est encore spéculatif. Mais dès que les décisions tomberont, les ajustements devront être rapides », conclut François Daniel. Dit autrement, les directions achats doivent se préparer à un cycle long de tensions commerciales, et intégrer les droits de douane comme facteur de risque à part entière.
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